Le reggae

Le reggae est la musique des ghettos de Kingston parce qu'il y est né. C'est des ghettos que se sont toujours inspirés les chanteurs. En 1971, Bob Marley chante Trench Town Rock (nom d'un ghetto de Kingston) : dans ses textes il définit ceux du ghetto comme les bons, et les autres comme… les autres. Le reggae, plus que toute autre musique portait à ses débuts en lui l'utopie de la Rédemption.

Très vite, le reggae est devenu un moyen d'expression pour toute la communauté rasta. Le mouvement rasta et la musique populaire jamaïcaine ont pris leur essor au même moment dans le même terroir : les ghettos. Les deux phénomènes se sont développés parallèlement pour progressivement converger. Tant et si bien que le reggae offrit une tribune unique à la parole rasta, puisque le reggae permit au mouvement rasta d'accéder aux moyens de diffusion de masse.

Si on laisse de coté les chansons d'amour, le reggae, dans ses textes, traite de philosophie rasta, de rapatriement et de terre promise, de réhabilitation raciale et d'histoire jamaïcaine ; il dénonce Babylone et critique la société. C'est pourquoi, lorsque le mouvement rasta commence à prendre de l'ampleur dans les années 1950, il pose un problème aux autorités politiques. Le mouvement rasta, dont la seule cohésion réside dans l'espoir du changement et la dénonciation d'un réel insupportable, peut en effet mettre en branle des foules considérables et surtout influencer les jeunes des ghettos.

Le PNP (People's National Party) se servit alors de la culture des masses fondée sur les croyances rasta pour manipuler les foules. Le leader du PNP, Michael Manley ne manqua pas d'utiliser toute la symbolique et toute la terminologie rasta pour faire entrer la politique dans les ghettos. S'appuyant sur le reggae, la voix du peuple par excellence, le PNP pu pénétrer là où les journaux n'avaient aucun impact. Ainsi, les meilleurs chanteurs de l'île s'engagèrent aux côtés d'un Michael Manley qui multipliait les allusions bibliques dans ses discours.

Le reggae avait de fait ouvert une brèche au système politique dans les couches sociales défavorisées qui en rejetaient jusqu'alors l'influence. Ce qui eut pour principale conséquence de transformer ce qui était alors des affrontements de gang à gang en véritable guérilla urbaine. Le reggae dut alors à nouveau chanter la paix et l'amour. Cette fonction apaisante du reggae culmina le 22 avril 1978 lors du One love Peace concert, lors duquel Michael Manley et Edward Seaga - leaders des deux partis politiques jamaïcains en lutte pour le pouvoir - se serrèrent la main au-dessus de Bob Marley.

Le ska, musique saccadée et comportant une rythmique de guitare à contretemps, naît de cet amalgame. Le groupe phare de ce style est Skatalites, qui se produit encore aujourd'hui. Il devient rapidement une formation culte en Jamaïque. Le ska, première musique typiquement jamaïcaine à pouvoir réellement se faire connaître à l'extérieur, est en outre à l'origine de l'apparition de producteurs importants, tels Prince Buster ou Jackie Edwards.



Le dub

Il serait vain de rechercher les origines de cette pratique tant elles sont diverses. Déjà à l’époque du ska, on pouvait entendre des arrangements excentriques ainsi que certains effets sur des disques. Ces techniques musicales sont pourtant, à peu de chose près, l’œuvre d’un seul homme : Osbourne Ruddock, génial électronicien plus connu sous le nom de King Tubby. Dès 70, il remixe de vieux rocksteadys, en " shuntant " (baissant) la voix la plupart du temps, privilégiant ainsi la section basse – batterie, et saupoudrant çà et là quelques instruments passés par des effets ( ex : Delay ). Le dub était né.
Jusqu’en 73, le mouvement s’amplifia et dès lors, il fut une forme artistique reconnue.


Quelques définitions

Mento :
Musique très populaire en Jamaïque dans les années 40 et 50. Fusion de rythme africains et de son européen ; musique acoustique très souvent jouée dans la rue avec guitares, banjos, kalimbas et bongos. Style de musique très similaire à la Rhumba venue des Caraïbes.

Calypso :
Dérivé du Mento, avec un rythme plus rapide. Musique traditionelle des îles (Trinidad). Le Calypso se jouait dans la rue, lors de fêtes telles que des mariages ou les carnavals. Ce style a commencé au début des années 50 et a eu un grand succès au Royaume-Uni.

Shuffle :
Né à la fin des 50's, ce style est né d'un mélange de jazz et de sons traditionels des îles ; mento, calypso, etc ... C'est un peu l'ancêtre du SKA.

Bongo
Tambourin. Un Jamaïcain qui devient rasta.

Dub Plates
dub = copier
Disques uniques qui servent à tester de nouveaux morceaux dans les sound systems. Si le morceau plait au public, il deviendra un 45 tours en vinyle. La plupart ne dépassent jamais le stade de dub plates

Riddim
Rythme, avec l’accent et l'orthographe jamaïcains
Construction rythmique d’un morceau principalement basé sur la combinaison basse-batterie. Souvent, quand un artiste invente un riddim, celui-ci est repris par d’autres en gardant le nom de son créateur. Ainsi, un seul riddim peut servir à jouer différentes chansons, et une seule chanson peut être jouée avec différents riddims, d’où des combinaisons infinies, ce qui fait le bonheur des producteurs.

Sound System
« systèmes à produire du son »
Discothèque ambulante d’abord jamaïcaine avec une sono dotée d’une forte amplification.
A l’origine, ils servaient à écouter ensemble dans les cafés les musiques d’Amérique diffusées par les radios. Le maître du « sound system » est le disc jockey, la grande gueule; le premier à avoir enflammé la jamaïque avait pour nom King Stitt, qui, avant U Roy et Big Youth, ne disait aucun texte, mais criait et admonestait l’assistance.
La plupart des gens, analphabètes, ne lisant pas les journaux, le sound system était un bon medium d’information sociale, les DJ’s abordant souvent des thèmes d’actualité.

Rasta
Abréviation de "rastafarien" / ras=duc, tafari=prénom chrétien de Hailé Sélassié 1er
Personne appartenant à la culture rastafari.
Les communautés rastafariennes apparaissent à Kingston dans les années 1930. Elles sont pourchassées par la police jamaïcaine dans les années 1950. Elles se reforment pourtant dans les bidonvilles et autres ghettos de la capitale de l’île ; elles y prêchent la lecture de la Bible [en particulier de l’Ancien Testament], la reconnaissance comme dieu vivant de l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié, et l’adoration de la terre native, africaine, où les descendants d’esclaves retourneront un jour. La base de leur idéologie est d’être soi-même, pacifiques et fiers, et d'avoir une vie saine.

De nombreux musiciens jamaïcains ont été ou sont devenus rastas, et leur musique s’est imprégnée des chants et du langage caractéristique d’une religion qui incarne la résistance à la culture et à l’oppression économique de « Babylone », l’Occident mercantile, déshumanisé et dépravé. Un maillon essentiel : le percussionniste des années 1930 Count Ossie ; Ossie se rapproche de la tradition des tambourinaires burrus et crée un ensemble de percussions et de rythmes ; sur trois tonalités différentes, ceux-ci contribueront à la naissance de la rythmique reggae/ragga. Un genre musical qui a gagné toute la planète, en particulier l’Afrique.

Roots
« racines »
Adjectif faisant référence à l'Afrique et à tout ce qui est naturel, conforme à l'idéologie rasta.
Désigne aussi la musique traditionnelle rurale, la musique des racines, de la terre d’origine, et par extension, aujourd’hui, les formes originelles, non modernisées ou non digitalisées du reggae.
On appelle « reggae roots » la musique jamaïcaine populaire classique, par opposition à celle de l’industrie musicale.

Rastafari
Le 2 novembre 1930, Tafari Makonen, le Ras Tafari [ ras= prince, duc, tête ] puis peu à peu nommé « rastafari », est sacré et nommé roi des rois Haïlé Sélassié 1er [ puissance de la trinité ].

Natty, Natty Dread, Natty Congo
Knotty = noueux
Adjectif de cheveux. Dreadlocks. Par extension, un rasta portant des dreadlocks.

Studio One
Label mythique créé en 1962 par Coxsone. Le son de ce studio devient reconnaissable en Jamaïque et en Europe au premier coup d’oreille.

Skank
Danse du rythme ska.
Dans des chansons, désigne aussi des passages plus dansants
[ ex : un bon skank ].

Selon les époques et les danseurs, le skank ne se danse pas de la même manière. Par exemple, les rude boys jamaïcains ont une posture agressive et plus penchée vers l’avant, assez lente avec des mouvements de bras larges, alors que d’autres privilégient davantage un jeu de jambes exagéré.